
On se rend vite compte en surfant sur le web au travers de sites de professeurs ou de forums, que l'apprentissage du chant et de la technique vocale n'est pas standardisé, qu'il n'y a pas une seule approche, une seule méthode.
Et c'est tant mieux.
Mais alors, comment s'y retrouver, quelles sont ces méthodes et en quoi consistent-elles ?
Les « cours de chant » se déclinent en cours individuels ou collectifs, en cours d'une heure ou stages de quelques jours, cours de coaching (où est disséqué et critiqué « le chanteur » dans son ensemble - de son jeu de micro à sa prestance scénique), cours d'interprétation axés sur un style en particulier (jazz ou classique) ou sur de l'improvisation, chants polyphoniques, chants traditionnels, chorales etc.
Les cours individuels où la technique vocale est abordée sont ceux qui nous intéressent ici.
Plusieurs approches et méthodes existent :
- Le classique ayant tenu une place historiquement importante dans la musique, le « Bel canto » c'est-à-dire le chant pratiqué à l'opéra depuis le XVIIe siècle est le plus courant.
Même chez des professeurs qui enseignent des styles modernes (pop, rock, r'n'b etc.) les bases de cet enseignement sont présentes.
Le chant lyrique a pourtant un code stylistique qui lui est propre. Il répondait, dans les siècles passés, à des nécessités acoustiques d'amplification (le microphone, il y a 200 ans, n'était pas très répandu...).
On reconnait tout de suite un chanteur d'opéra. Ce « son », cette « recette » technique ne se retrouvent pas dans des styles modernes.
Pourtant, l'étude du chant classique étant sur le déclin, ses professeurs n'hésitent pas à former des chanteurs de rock avec les méthodes et enseignements qu'ils ont reçus.
Si cela fonctionne pour certaines bases, le lyrique se sent démuni pour réaliser des notes puissantes en belting, faire une grosse saturation de métaleux ou produire un son très brillant pour du punk. Parfois, le prof dira, sans pouvoir argumenter, que ces choses là sont nocives pour la voix. Bêtises.
A l'inverse, garder un larynx bas comme on le fait en classique pour certaines tâches vocales du moderne serait peut-être dangereux pour la voix (ou parfois esthétiquement risible).
Des méthodes aujourd'hui reconnues ont été mises au point ces 50 dernières années pour mieux enseigner les styles modernes.
- Il y a d'abord celles héritées du classique mais adaptées au chant moderne. La respiration ou gestion de l'air reste un élément fondamental, au cœur du processus d'apprentissage. Elle ne se basent pas sur une approche par configurations laryngées (nous en parlerons plus tard). Je pense notamment à la méthode Richard Cross par exemple. Chercheur au CNRS et excellent pédagogue, il a formé de nombreux professeurs et d'artistes à sa méthode.
- La SLS , Speech Level Singing de Seth Riggs, professeur ou coach vocal de personnalités tels Ray Charles, Barbra Streisand, Madonna, Janet Jackson, Stevie Wonder et Michael Jackson. (Est ce que Seth Riggs les a véritablement formés ou leur a simplement donné un ou deux cours….)
Elle conserve elle aussi des fondamentaux de la méthode classique. Elle a surtout pour objectif d'homogénéiser les registres en « gommant » les passages et de travailler la voix « mixte ».
C'est une méthode controversée pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'elle préconise, quel que soit le registre, une position du larynx « au niveau de parole » ni haute ni basse alors que les recherches en la matière montreraient que le larynx n'est pas naturellement figé lorsque l'on parle ou chante.
L'autre critique à l'égard de la SLS est qu'une seule esthétique est recherchée ,voire acceptée, et que de ce fait, elle demeure « fermée. »
C'est aussi une méthode qui, et cela rejoint la première critique, ne se remet pas en question , n'évolue pas malgré les découvertes scientifiques de fonctionnement de notre appareil phonatoire..
L'école SLS a fait beaucoup de petits, des sous-méthodes comme Singing Success, qui affirment avoir modifié la méthode mère pour la rendre plus efficace.
Enfin, on peut dire que beaucoup d'enseignants utilisent aussi l'approche SLS, sans pour autant être certifiés.
Pour moi, c'est une bonne méthode de base mais elle est très incomplète pour qui veut avoir une palette technique élargie.
- Estill Voice Training est une approche crée par Jo Estill. Elle fût véritablement la première dans les années 70 à étudier la voix chantée sous un angle scientifique.
Elle décompose le processus de production vocale en plusieurs éléments qui, travaillés distinctement, permettent d'optimiser, modifier ou corriger la production vocale. La force de cette approche est donc qu'elle peut-être autant utilisée pour la voix parlée que chantée. Elle fait la distinction entre la technique et l'interprétation/l'artistique, ce qui la rend utilisable quel que soit le style.
Chez Estill, il y a 3 sphères ou 3 systèmes : « power, source and filter ». « Power » serait l'énergie, l'air. « Source », nos cordes vocales qui fabriquent le son. « Filter », le système qui modifie ce son crée par nos cordes pour l'amplifier et lui donner une couleur et une forme.
Ces 3 sphères se décomposent elles-mêmes en multiples éléments, ingrédients. Libre à nous de les utiliser ou pas pour fabriquer un son que l'on souhaite. (vocal sets)
Cette approche par décomposition, configurations laryngées, le vocabulaire qu'elle utilise est à la base de méthodes comme celles de Gillyanne Kayes/Jeremy Fisher (Vocal Process), Donna Soto-Morettini et Allan Wright (TCM).
Les travaux d'Estill sont reconnus par les plus hautes institutions mondiales de recherche sur la voix et le chant (notamment la Voice Research Society et la British Voice Association).
Cette approche est pour moi l'avenir de l'enseignement du chant.
- CVT, Complete Vocal Technique est une méthode élaborée par Cathrine Sadolin. Elle se rapproche d'Estill et repose sur des "modes" (neutral, curbing, edge et overdrive) pour classifier différent type de sons de la voix . Ces "recettes vocales" (ou vocal sets d'Estill) sont basées pour moitié sur la physiologie et pour moitié sur l'acoustique. Elles incorporent plusieurs éléments/ingrédients en même temps sans les distinguer, et en cela s'éloigne de l'approche Estill.
L'ouvrage d'auto-apprentissage de cette méthode est très bien réalisé et très complet. Le chapitre sur les effets est excellent.
Personnellement, je trouve cette méthode très intéressante mais j'ai du mal à adhérer à cette classification à cause des recettes « toutes faites », dont on n'en sort pas. Dés lors que vous en sortez, que vous créez votre propre recette, vous êtes dans ce que CVT appelle une « grey zone ». La simple existence de ces zones rend pour moi le schéma moins intéressant.
Enfin, on trouve des professeurs freelances, non certifiés par une méthode mais qui les incorporent dans la leur. Cela leur permet de rester libres et indépendants et d'ajouter d'autres courants ou pratiques tels relaxation, sophrologie, kiné, etc ...ou de spécialiser leur cours dans un style. Certains professeurs vont par exemple avoir une approche Estill, mais ne travailler que sur du classique, leur style de prédilection.
Pour conclure, je dirais qu'il n'y a pas de méthode universelle ou une « bonne méthode ». Il y a la méthode qui vous correspond et répond à vos attentes. Il ne faut donc pas hésiter à essayer plusieurs profs, plusieurs approches.
Passionnant non ?
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Lors des prises de contact avec une personne désireuse de prendre des cours de chant, vouloir "apprendre à respirer" ou "respirer par le ventre" est ce qui revient le plus souvent dans les demandes.
« Apprendre à respirer » pour « bien » chanter reste encore en 2011, une obsession pour l'apprenti chanteur. Et comme depuis 500 ans, la « bonne » respiration est à la base de l'apprentissage du chant, des profs, des sites ou annonces sur le web en font un bon argument de vente de leurs méthodes.
Et lorsque je rencontre des personnes me racontant leurs précédents cours où ils passaient l'heure à faire des exercices de respiration sans émettre le moindre son, je reste…sans voix .
Les auteurs de méthodes mises au point ces 50 dernières années ont bien compris qu'il était contre-productif, voire néfaste, de se focaliser sur sa respiration ou sur son ventre. A une approche axée sur le ressenti, faite d'images et basée sur des concepts farfelus, ils ont préféré une approche pragmatique et scientifique, les progrès de compréhension du mécanisme phonatoire ayant balayé tous les écrits et dogmes sur lesquels s'appuient nombre de professeurs encore aujourd'hui.
Néanmoins, ne pas aborder ce chapitre n'est pas souhaitable non plus. La voix est d'abord un instrument à vent et l'air en est donc l'élément fondamental.
Peut-être suffit-il de comprendre comment tout cela fonctionne, remettre les choses à leur place, attribuer une fonction à chaque composant. La respiration et la gestion de l'air ne sont que deux de ces composants, ni plus ni moins importants que d'autres. Aussi me semble t-il important de souligner que le chant n'est qu'une extension de la voix parlée, que ce qu'on l'on fait tous les jours en parlant à voix haute ou à voix basse, en criant ou chuchotant se retrouvent dans le chant.
Mais d'abord expliquons :
Alors que vous lisez ces lignes, assis et silencieux, observez votre respiration. Elle se décompose en deux mouvements. Le premier, l'inspiration, est crée par une contraction du diaphragme qui entraine une dilatation de la cage thoracique : vos poumons se remplissent d'air. Votre ventre « sort » car le diaphragme, en se contractant vers le bas, « expulse » les viscères vers l'extérieur.
Une fois cette contraction faite et qu'un un volume d'air suffisant est entré dans vos poumons, tout comme un élastique sur lequel on tire revient naturellement à sa position de départ, votre diaphragme se relâche et revient à sa position d'origine. Ce relâchement du diaphragme, c'est le deuxième mouvement : l'expiration. A l'inverse du premier mouvement, il est passif. Rien n'empêche l'air de circuler et de s'échapper hors de votre corps.
A noter que nous ne percevons pas forcément tous ce dernier paragraphe de la même façon. Il existe, pour simplifier, différents types de respiration et chacun de nous utilise d'avantage l'un que d'autres. Il est souvent conseillé d'avoir un type de respiration de préférence à un autre. De nombreux professeurs se penchent sur la question. Le problème est que cette respiration ne vous correspond pas forcément, que vous mettrez beaucoup de temps à l'acquérir et, surtout, à la mettre en pratique dans votre chant. De plus, ce type de respiration n'est peut-être pas souhaitable pour certaines tâches vocales modernes. Travailler avec votre respiration naturelle, à partir du moment où elle est effectuée librement, sans contrainte, n'est pas un problème.
Revenons en à notre petite expérience. Vous venez donc d'inspirer puis d'expirer silencieusement et à présent, à la lecture de mon dernier paragraphe, vous acquiescez d'un « Mhh » ou un « ahhh » Vos cordes vocales situées dans votre larynx se sont accolées l'une à l'autre et l'air contenu dans vos poumons, en les « traversant », les ont mises en vibration et ainsi créé un son. Vos cordes ont agi comme une valve, une obstruction à l'air qui s 'échappe.
Mais qui a donc fait pression sur vos cordes vocales si votre diaphragme est passif à l'expiration ?
Assis devant votre ordinateur, faites un « vvvvvv » prolongé, imitez une moto qui accélère par exemple. Vous devriez sentir au niveau abdominal un travail de ces muscles. Ce sont eux qui contrôlent l'air qui doit être fourni à vos cordes vocales.
Si à présent vous imaginez que vous appelez votre ami(e) ou parent à l'autre bout de votre appartement ou maison avec un « Hey oh!» plutôt fort.
Allez-y !! Ne réfléchissez pas trop, faites le instinctivement, « comme ça vient ». Vous sentez ces muscles ?
Votre corps est déjà programmé pour réaliser ces tâches vocales. Il n'a pas besoin d'apprendre à les faire. C'est cette programmation naturelle, instinctive que l'on recherche dans le chant. Vos cordes vocales, via votre système nerveux, décident de ce dont elles ont besoin. Vos muscles abdominaux obéissent.
Ainsi, je préfère m'assurer que les cordes et le larynx font leur travail. Si c'est le cas, il y a fort à parier que l' appui respiratoire fera le sien.
Et puis il est important d'effectuer un geste simple, naturel, primaire. On parle aussi de « primal » ou de « son primal » (et même de cri primal). Une notion que l'on, que j'utilise pour retrouver un son dénué de tout artifice et maquillage. Un son connecté aux émotions primaires. Le même que celui de votre « Hey » de tout à l'heure, que vous faites en riant, en pleurant, en appelant à l'aide, etc... Un lâcher-prise, une non-tentative de faire beau ou bien. Ce « son » est programmé en nous. Nous l'avons dès notre premier son/pleur de bébé. Nous n'avons pas besoin d'apprendre à le faire.
Mais attention, le chant apporte à l'évidence des dimensions supplémentaires, ne serait-ce que des particularités de filtres et de résonnances. L'apprentissage du mécanisme phonatoire doit prendre en compte ces données.
Ainsi, l'apprentissage de la gestion de l'air doit partir d'une fonction innée. Mais elle doit être maitrisée et façonnée pour servir une envie esthétique.
Passionnant non ?
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